Breveter les postures de yoga ?

Cette question ne t'a sans doute jamais effleuré l'esprit... Et pourtant ! Laisse-nous te raconter ce qu'il s'est passé en 2011 et pourquoi le monde du yoga a dû se la poser 😱

Raccourcis pour celles et ceux qui n'aiment pas tout lire 🤭

Le contexte : Bikram Choudhury et son procès


Si tu pratiques le yoga régulièrement, tu as sûrement entendu parler de Bikram Choudhury, fondateur du Bikram Yoga. Peut-être pour des raisons peu reluisantes d'ailleurs. Toujours est-il qu'il a développé une série spécifique de 26 postures et deux exercices de respiration, pratiqués dans une salle chauffée à 40°C. Bikram a essayé de protéger cette séquence sous le droit d'auteur, affirmant que cette combinaison spécifique était une œuvre originale. En 2011, il a même poursuivi en justice Yoga to the People, un studio qui proposait des cours de Bikram Yoga sans lui verser de royalties. Ce dernier a gagné son procès et le studio s'est vu contraint d'arrêter d'enseigner sa série de posture. Pour autant, Bikram n'a pas obtenu totalement gain de cause.

Āsana et droit d'auteur : ce que tu dois savoir


Le cœur de cette affaire repose sur une question importante : peut-on protéger les postures de yoga par le droit d'auteur ? Bikram pensait que sa séquence de postures était unique et pouvait donc être protégée, un peu comme une chorégraphie ou une œuvre musicale. Mais l’United States Copyright Office en a décidé autrement. Il a été jugé que les āsana – et donc la série développée par Bikram – ne pouvaient pas être protégées par le droit d'auteur car elles sont considérées comme des méthodes d'exercice ou des "idées", et non des créations artistiques ou littéraires. Selon la loi américaine, seules les expressions concrètes et originales d’idées peuvent être protégées. Les postures de yoga, en tant qu’éléments fonctionnels, relèvent du domaine public.

Ce que cela signifie pour la communauté du yoga


Pour la communauté du yoga en général, cette décision est une grande victoire. Elle réaffirme que le yoga, en tant que pratique ancienne, appartient à tout le monde. Aucun individu ou entreprise ne peut revendiquer une exclusivité sur les âsana ou la manière dont elles sont enchaînées.

Cette affaire a aussi mis en lumière un débat plus large sur la commercialisation du yoga. Bikram, en cherchant à protéger sa méthode, incarnait une tendance à transformer le yoga en produit commercial. En tant que pratiquant·e ou enseignant·e, tu as peut-être déjà toi-même réfléchi à cette tension entre le yoga en tant que pratique spirituelle et sa marchandisation dans le monde moderne. Cette volonté d'appropriation de la part de Bikram entamera d'ailleurs une 1re vague de rejet de sa méthode.

L'Ashtānga pourrait-il être concerné par le brevet des postures ?


Si jusqu'ici elle n'a jamais été revendiquée comme une création originale protégée, en tant que méthode structurée sur une série fixe de postures, l'Ashtānga Vinyāsa Yoga pourrait-elle un jour faire l'objet d'un procès de ce type ?

Difficile de répondre avec certitude, mais nous pensons que l'Ashtānga Vinyāsa Yoga pourrait difficilement être concerné par une tentative de dépôt de copyright, et ce pour plusieurs raisons.

Tout d'abord, l'Ashtanga, contrairement au Bikram Yoga, repose sur une tradition ancienne, transmise par Sri K. Pattabhi Jois, mais enracinée dans les textes classiques du yoga comme le Yoga Korunta. Les séquences d’āsana dans l’Ashtānga ne sont pas considérées comme une création individuelle, mais comme une méthode issue d’un patrimoine collectif. Cette dimension historique et spirituelle rend la protection par copyright difficile, car les postures et leur enchaînement sont perçus comme faisant partie d’une tradition millénaire, ouverte à tou·tes.

Breveter les postures de yoga ?

Ensuite, comme l'a bien stipulé United States Copyright Office en 2011, le droit d’auteur ne protège pas les méthodes ou idées, mais seulement leur expression concrète et originale. Comme pour les âsana dans le Bikram Yoga, les postures de l'Ashtanga sont des mouvements fonctionnels qui ne peuvent pas être considérés comme des œuvres artistiques ou littéraires protégées. Déposer un copyright sur l’Ashtanga reviendrait à tenter de privatiser une pratique collective, ce qui irait à l’encontre de l’esprit du yoga. Ce qu'il faut savoir également,

''Inde a réagi en créant une Bibliothèque numérique des savoirs traditionnels. Elle recense, outre les connaissances en ayurveda, des milliers d'asanas, afin d'empêcher le dépôt de brevet à l'étranger.

KOCK M., (2019), Yoga, une histoire-monde, La Découverte, p. 213.

Enfin, la communauté de l’Ashtānga Yoga, tant les enseignants que les élèves, a toujours promu le partage libre et ouvert des enseignements. Toute tentative de dépôt de copyright serait probablement perçue comme une trahison de cette philosophie, risquant de créer une réaction de rejet dans la communauté mondiale du yoga.

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